Jean Geoffroy, dit Géo (1853-1924)
Henri Jules Jean Geoffroy naît en 1853 à Marennes, en Chare nte -Maritime. Très tôt orphelin, il rejoint Paris à dix- huit ans et devient élève du peintre lithographe Eugène Levasseur. C’est sur les recommandations de ce dernier qu’il intègre l’atelier du peintre Bonnat à l’Ecole des Beaux-Arts, en 1871. Geoffroy loge alors chez un couple d’instituteurs, M. et Mme Girard, rue du Faubourg du Temple puis dans le quartier de Belleville. Selon ses propres mots, « la première nécessité pour l’artiste est d’être de son temps et de traduire avec le plus de fidélité possible, les spectacles qu’il a sous les yeux ». Ainsi, son atelier se situant
au-dessus d’une école, les enfants des quartiers populaires sont ses premiers modèles. Ses œuvres ne délaissent d’ailleurs que rarement cet univers, pour lequel il nourrit une véritable affection.
A partir de 1874, il expose au Salon des artistes français avec un certain succès. Sa renommée s’accroît, concrétisée par de belles collaborations. L’éditeur
Pierre-Jules Hetzel le fait connaître dès 1875 en lui proposant un travail régulier d’illustrateur de livres et magazines destinés à l’instruction publique de la jeunesse ; pour la première fois, il signe sous le pseudonyme de «Géo ». Par ailleurs, le Ministère de l’Instruction publique lui passe commande de cinq
grandes toiles. Peintre officiel de l’école de la Troisième République, Geoffroy soutient également es progrès de la pédiatrie. Il fait ainsi partie des artistes dont s’est entouré le Docteur Variot afin de diffuser ses idées. Le triptyque de La Goutte de lait de Belleville (ill. 2) , que le médecin lui commande en 1893, est sans aucun doute l’illustration la plus réussie des évolutions de la puériculture.
Peintre peu connu aujourd’hui, la notoriété de Geoffroy est pourtant bien installée en cette fin du XIXe siècle.
Décédé en 1924, il est enterré au cimetière de Pantin.
Parmi ses œuvres les plus célèbres conservées dans des musées, on peut citer :
"Prière des humbles" (musée des Beaux-Arts de Dijon)
"L’Asile de nuit" (musée Bernard-d’Agesci de Niort)
"Le Compliment un jour de fête à l’école" (musée de l’Échevinage de Saintes)
"Les Infortunés" (musée de Picardie, Amiens)
"L’École maternelle" (Birmingham Museum and Art Gallery)
"L’Enfant malade" (musée d’Art Roger-Quilliot, Clermont-Ferrand)
Ses œuvres ont été exposées dans de nombreux musées français et internationaux, et il a reçu la Légion d’honneur en 1885. Son style, à la fois réaliste et empreint d’humanité, a marqué son époque
Enfance et patriotisme
La défaite de 1870 a été mise sur le compte de la faiblesse démographique du pays et de l’imprévoyance du Second Empire. Profitant du climat revanchard qui anime la France, la nouvelle République cherche alors à développer l’instruction militaire civique, et ce dès l’école. Diverses initiatives privées voit le jour, entérinées pour la plupart par la loi du 28 mars 1882 sur l’enseignement primaire obligatoire. Ce texte inclut des exercices militaires dans le programme d’enseignement, pour les garçons, et rend officiels les « bataillons scolaires » dès le mois de juillet 1882. Le ministre de l’Instruction Publique et des Cultes charge les instituteurs de la formation préliminaire à l’entraînement des jeunes recrues : chaque enfant revêt une vareuse, un béret ou un képi, et porte un fusil en bois. C’est cet « uniforme » que l’on observe sur la gravure. Ces formations vont permettre de développer le sentiment patriotique, participant du mouvement d’unification de la France : la figure du soldat est valorisée et bénéficie d’une aura quasi-héroïque. Par ailleurs, les bataillons de petits écoliers animent également les fêtes publiques, créant une mise en scène très forte du devoir civique. Face aux réticences de l’Eglise et de l’Armée, l’expérience
prend fin 10 ans plus tard, en 1892. Le début du XXe siècle reste marqué par un patriotisme exacerbé et l’Armée bénéficie encore en 1914 d’une image très favorable auprès des populations.
Nous présentons dans cet esprit un tryptique :



Nul ne saisit avec autant de tendresse et de vérité le monde de l’enfance que Géo. Très attentif à ces « petits messieurs » et « petites dames », Henri Jules Jean Geoffroy les croque avec réalisme, bien que ses représentations soient aisément reconnaissables. On retrouve en effet des caractéristiques communes chez les enfants de Géo : des joues rouges et rondes, un petit nez, des chairs potelées, des mains très expressives... Le trait rapide et les touches légères de couleur apposées avec vivacité forgent parfois même des attitudes similaires. Cette morphologie quelque peu standardisée lui permet cependant de rendre avec une grande spontanéité et un réalisme frappant les gestes et expressions enfantines. Geoffroy semble saisir sur le vif et de façon intuitive les émotions des enfants et leurs relations, à l’instar de l’Arbre de Noël à la Goutte de lait ou des Petites filles au lavabo conservés au musée de l’AP-HP.»
Son engagement artistique auprès de l’institution scolaire et médico-sociale a contribué à construire sa réputation de « peintre des enfants » . Ce statut est reconnu de façon officielle lors de l’Exposition de l’Enfance au Petit Palais en 1901, au cours de laquelle le Figaro lui consacre même un article spécial. Son œuvre est ainsi presque entièrement dédiée au monde de l’enfance et à ses spécificités, jusque sur sa tombe, où l’épitaphe indique qu’il est le « peintre des humbles et des enfants ».